Le Coran dit a plusieurs reprises: “leur frere Noe”, “leur frere Hud”, “leur frere Salih”, “leur frere Lot”, “leur frere Shu’ayb”. Pourtant, les peuples en question etaient dans la negation et le refus. Le texte coranique maintient neanmoins le langage de la fraternite.
Ce simple choix lexical est lourd de sens. Il suggere que la prophetie ne se construit pas d’abord sur l’hostilite envers les gens au motif de leur incredulite. Le prophete ne parle pas comme un etre etranger, coupe, meprisant ou uniquement accusateur. Il parle depuis une proximite, une appartenance et une sollicitude.
Le texte insiste sur cette idee: la relation aux autres, meme en desaccord profond, ne doit pas etre automatiquement pensee sur le mode de l’ennemi absolu. La difference de croyance n’abolit pas toute forme de lien humain, social ou moral.
Cette orientation rejoint aussi le hadith selon lequel le croyant est celui a qui les gens confient leurs biens et leurs vies, et le musulman celui dont les gens sont epargnes par la langue et par la main. Le Prophete ne restreint pas ici le critere aux seuls croyants. Il parle des gens au sens large.
Le texte ajoute une precision importante: oui, dans certains cas, l’expression “leur frere” peut comporter une dimension de parentela tribale ou genealogique. Mais si le Coran repete cette formule avec autant d’insistance dans le contexte de la mission prophetique, c’est qu’il veut faire entendre davantage qu’un simple fait de lignage. Il veut montrer que le prophete s’adresse aux siens depuis la proximite, l’attention et la misericorde.
L’auteur distingue aussi cet usage de l’expression coranique qui parle parfois de “freres” au sens de ressemblance morale, comme lorsque des comportements mauvais sont rapproches des demons. Il ne s’agit pas du meme registre.
Conclusion
La fraternite coranique rappelle que la vocation prophetique part de la misericorde, non de la rupture haineuse. Meme face au refus, le langage du Coran preserve une logique de proximite humaine. C’est une lecon importante pour penser le rapport au desaccord, au pluralisme et a l’autre.