J’avoue être quelqu’un de plutôt “inefficace” sur le radar des intérêts amicaux dans les réseaux sociaux.

Il m’arrive d’écrire une publication légère, dans laquelle je ne fournis aucun véritable effort intellectuel, et d’être surpris de voir qu’elle suscite interactions, commentaires et discussions. À l’inverse, il m’arrive de passer des heures, parfois des jours, à écrire un article exigeant, ordonné, que j’imagine capable de “fonder quelque chose d’utile”. Je clique alors sur publier avec tout le sérieux du monde, j’en attends de l’attention… et rien ne vient.

Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel

Le plus frappant, c’est de voir parfois, sur un même sujet, deux publications: l’une profonde, apportant une idée neuve ou un angle original; l’autre n’en étant qu’une version simplifiée, presque caricaturale, sans apport réel. La première est ignorée, la seconde s’envole dans l’espace numérique.

Il ne s’agit ni d’un hasard pur ni du simple signe d’un mauvais goût collectif. Il existe des explications sérieuses à cela.

Pourquoi le superficiel se diffuse-t-il mieux?

Le rythme rapide de la consommation numérique. Un contenu léger se comprend en quelques secondes et se partage presque à la même vitesse. Un contenu dense exige un arrêt, un effort, une attention. C’est précisément ce que les algorithmes évitent, et ce que les doigts pressés des utilisateurs évitent aussi.

La familiarité émotionnelle plutôt que le défi intellectuel. Un post qui répète ce que les gens savent déjà, mais avec un ton plus léger ou plus agréable, récolte des réactions. Un texte qui reformule en profondeur leur compréhension suscite au contraire un léger inconfort, et l’inconfort se partage rarement.

L’algorithme récompense l’engagement, non la valeur. Ce qui produit des réactions rapides, rire, empathie, colère, est favorisé par la diffusion. L’idée qui demande d’abord de réfléchir avant de réagir atteint souvent une audience plus étroite.

Comment l’auteur sérieux peut-il vivre avec cela?

Deux options seulement semblent s’offrir à lui.

La première: écrire pour la diffusion, c’est-à-dire simplifier les idées et réduire le niveau de défi intellectuel afin de toucher un public plus large. C’est une option légitime si l’objectif principal est la sensibilisation de masse.

La seconde: écrire pour la valeur, en construisant un fonds, une archive, un espace qui rassemble ceux qui cherchent la profondeur, même s’ils sont moins nombreux. La valeur, ici, ne se mesure pas au nombre de mentions d’appréciation, mais à la profondeur de l’effet produit.

C’est vers cette deuxième voie que je tends pour me consoler, sans cesser pour autant de constater l’écart.

Conclusion

Ce schéma ne nous dit pas que les gens seraient incapables de culture ou de nuance. Il nous dit surtout que les plateformes numériques n’ont pas été conçues pour servir la pensée profonde. Elles ont été conçues pour servir l’attention rapide. Ce sont deux objectifs entièrement différents.