Ce hadith celebre reflete une vision morale ample qui relie l’ethique au comportement humain sur la base d’une regle enracinée et partagee entre plusieurs revelations.

Lorsque le Prophete dit: “Parmi les paroles de la premiere prophetie que les hommes ont retenues: si tu n’as pas de pudeur, fais donc ce que tu veux”, il indique que cette formule n’est pas un conseil propre a l’islam seul. C’est une regle morale ancienne que l’humanite a recue des propheties precedentes.

La pudeur, ici, n’est pas un simple sentiment passager de gene. C’est une valeur humaine majeure issue de la fitra saine. Elle fait sentir a l’etre humain la responsabilite de ses actes devant lui-meme et devant les autres. C’est pourquoi elle compte parmi les conditions elementaires sans lesquelles aucune societe saine ne peut vraiment tenir.

La formule peut paraitre, en surface, comme une permission: si tu n’as plus de pudeur, alors fais ce que tu veux. En realite, son sens est bien plus avertisseur. Elle signifie que l’absence de pudeur conduit fatalement a la degradation morale, parce que la pudeur constitue la barriere naturelle qui retient l’individu avant qu’il ne glisse vers le desordre.

Dans cette perspective, la pudeur fonctionne comme un systeme d’alarme interieur. Elle empêche l’etre humain de franchir certaines limites morales, aussi bien dans ses actes visibles que dans ses intentions cachees. Lorsqu’il la perd, il se livre plus facilement a ses desirs sans garde-fou interne.

Le hadith montre ainsi clairement que la pudeur n’est pas seulement une convention sociale liee a l’usage ou a la coutume. Elle est l’un des piliers de la personnalite morale. C’est ce qui la rapproche, sous un autre vocabulaire, de l’idee du devoir moral chez Kant: une force interieure qui empeche l’homme de se traiter lui-meme, et de traiter les autres, d’une maniere indigne.

Il rappelle aussi une lecon educative fondamentale: on ne regule pas une vie humaine uniquement par des lois exterieures. Il faut aussi un surveillant interieur qui pousse au bien meme en l’absence de police, de juge ou de regard social. La pudeur est l’un des noms de ce surveillant.

Le hadith avertit donc severement: quand la pudeur disparaît, l’homme perd un des signaux les plus essentiels de son orientation morale, et devient plus pret a tout faire sans se soucier des consequences. Cela n’empeche pas que la pudeur, meme si elle participe de la disposition naturelle, puisse etre cultivee et renforcee. Elle grandit par la comprehension juste, par l’education spirituelle, par l’examen de soi, par la compagnie de modeles nobles, par la maitrise de soi et par l’habitude de se reprendre lorsqu’on se trompe.