Le diplome universitaire est important, mais il ne suffit pas, a lui seul, a construire une competence professionnelle durable. Cette conclusion ne vient pas chez moi d’une hostilite theorique a l’egard de l’universite, mais d’une comparaison vecue entre la formation initiale que j’y ai recue et ce que j’ai ensuite recu au cours de longues annees de formation professionnelle continue au Canada.
Plus le temps passe dans le travail institutionnel, plus je suis convaincu que ce qui produit une competence reelle n’est pas seulement ce que nous apprenons avant d’entrer sur le marche du travail, mais ce que nous poursuivons apres cela en matiere de mise a jour des connaissances, des competences et des pratiques.
Le diplome est une entree, pas un aboutissement
L’universite donne la base: le langage de la specialite, une premiere methode, une capacite d’apprendre. Mais elle ne peut pas, a elle seule, suivre tous les changements de la pratique professionnelle reelle. Les techniques evoluent, les lois changent, les outils de gestion et de communication se transforment, et les normes du travail institutionnel montent ou se deplacent.
Traiter le diplome comme la fin de la formation, et non comme son commencement, conduit donc tres vite a un ecart entre la qualification officielle d’une personne et les exigences reelles du travail.
Ce que la formation continue apporte
Elle renouvelle d’abord les competences techniques. Un savoir suffisant il y a dix ans peut devenir aujourd’hui incomplet, voire obsolete.
Elle apporte ensuite ce qu’on appelle parfois les competences transversales ou souples: conduite de reunion, communication avec des equipes diverses, traitement des conflits, comprehension d’un environnement multiculturel, gestion des pressions et des changements institutionnels. Ces dimensions determinent souvent la reussite professionnelle autant que le savoir technique lui-meme.
Elle apporte enfin un savoir juridique, ethique et institutionnel tout aussi important: droits du travailleur, discrimination et harcelement, obligations de l’institution, regles de conformite, ethique de la decision administrative.
Ce que revele la difference institutionnelle
L’une des differences importantes entre certains environnements de travail avances et beaucoup d’institutions de nos pays est que la formation continue n’y releve pas seulement de l’initiative personnelle. Elle fait partie du design institutionnel. Il y a des budgets, des plans, des formations obligatoires, d’autres optionnelles, et tout cela peut meme etre suivi dans l’evaluation des performances.
Dans beaucoup d’environnements arabes, au contraire, la formation continue demeure absente ou episodique, liee a un projet finance ou a une circonstance administrative passagere. Elle ne devient donc pas une culture institutionnelle stable.
Ce dont la Tunisie a besoin
Nous avons d’abord besoin de changer notre conscience collective: le diplome ne devrait pas etre compris comme un certificat final de competence, mais comme la preuve d’une capacite initiale d’apprendre.
Nous avons ensuite besoin de mecanismes institutionnels qui fassent de la formation continue une partie normale de la vie du salarie, non un luxe facultatif. Cela implique budget, planification et articulation avec les besoins concrets du travail.
Enfin, les institutions doivent voir le developpement du capital humain comme un investissement, non comme un simple cout. Le salarie qui n’apprend plus voit sa performance s’user, meme s’il reste serieux et sincere.
Le probleme n’est pas que l’universite n’ait aucune valeur. Le probleme est que certains lui demandent ce qu’elle ne peut pas porter seule, puis laissent ensuite les travailleurs passer des annees sans veritable mise a jour. Dans un monde qui change vite, la competence de depart ne suffit plus. La formation continue n’est pas un confort professionnel. C’est l’une des conditions de survie de la competence elle-meme.