Dans mon travail actuel, à la direction des technologies de l’information des Aéroports de Montréal, j’ai collaboré pendant deux ans avec un jeune data scientist québécois de 27 ans dans le cadre de la conception de tableaux de bord pour le centre de gestion des opérations conjointes, à l’aide de Power BI.

Il s’agissait d’un système très complexe, agrégeant les données issues d’environ quarante systèmes électroniques. Nous avons pu, grâce à Dieu, mettre en place une méthode rigoureuse pour recueillir les besoins, les analyser et les traduire en solutions techniques.

Je voulais simplement souligner quelques traits de ce jeune collègue:

  • il est toujours très soigné dans sa tenue, toujours habillé de manière formelle;
  • sa manière de parler est ordonnée, faite de phrases courtes et directes, sans remplissage inutile;
  • il parle lentement afin de choisir précisément ses mots et de faire passer son idée avec clarté;
  • il pose des questions intelligentes;
  • il propose des solutions pertinentes et dispose d’une excellente maîtrise de la technologie;
  • il a une capacité remarquable à simplifier des problèmes complexes, dans un français très correct et parfois très riche;
  • il est disponible, serviable et prêt à participer à toute réunion utile;
  • il sait recentrer poliment les échanges pour respecter le temps;
  • il est souriant, humble, respectueux avec tous, et s’excuse quand il doit interrompre quelqu’un pour une remarque;
  • il donne l’image d’un jeune homme réservé, bien élevé et de bonne tenue.

Au moment du lancement du système, cela m’a conduit à dire à mon directeur combien j’étais heureux de travailler avec ce jeune homme, et combien il était précieux pour l’équipe.

Lorsqu’une personne de 27 ans atteint un tel niveau de performance scientifique et professionnelle, on peut être sûr que cela résulte d’un effort accumulé depuis l’enfance, à la maison, à l’école et dans l’usage de son temps libre.

Un jeune doté de telles qualités peut progresser très vite vers des responsabilités élevées. La preuve: à peine six mois plus tard, il a été promu conseiller responsable de la gouvernance des données au sein de la direction de l’intelligence d’affaires.

La question est alors simple: combien de jeunes de ce niveau existent, mais ne trouvent pas d’environnement pour être reconnus?

Ce que la jeune génération enseigne

Ce que j’ai observé chez ce jeune homme, comme chez d’autres de sa génération, c’est une capacité à apprendre rapidement de nouveaux outils, avec une audace particulière pour expérimenter ce qui n’a pas encore été essayé. Cette génération n’a pas tant besoin d’être constamment dirigée qu’elle n’a besoin d’un environnement qui lui permette d’agir.

Le rôle de la génération plus âgée

Ceux qui ont traversé plusieurs décennies possèdent, eux, une autre ressource: la capacité de lire les continuités dans le temps, de distinguer ce qui dure de ce qui disparaît. Lorsque l’expérience et l’énergie se rencontrent, on obtient le meilleur des deux générations.

Conclusion

La jeunesse compétente n’a pas besoin d’être convaincue de sa valeur. Elle a besoin d’un espace où cette valeur puisse se démontrer. Et celui qui contribue à créer un tel espace participe à la fabrication d’un avenir meilleur.

La compétence juvénile dans le contexte canadien

Ce que j’ai remarqué dans le milieu professionnel canadien, c’est que la compétence y est plus facilement reconnue indépendamment de l’âge. Le jeune qui produit un travail remarquable peut être reconnu sans devoir passer des années à “faire ses preuves” au sens hiérarchique traditionnel.

C’est assez différent de beaucoup de contextes arabes où l’on valorise souvent davantage l’âge et l’ancienneté que la compétence elle-même.

La leçon pour la jeunesse arabe

La compétence est transférable. Ce qui empêche beaucoup de jeunes de la démontrer n’est pas d’abord l’absence de potentiel, mais l’absence d’un environnement qui autorise cette démonstration. Cela explique une part du phénomène de fuite des compétences.