Un billet de Saber Nafzaoui a traversé mon fil. Il critiquait l’idée d’un “besoin de gauche sociale-démocrate”, et j’y ai retrouvé ce qui devient habituel: une tension idéologique qui cherche à diaboliser tout ce qui sort de la logique du positionnement doctrinal figé.
Les oppositions qu’on nous présente, vérité contre erreur, révélation contre matière, islam contre Occident, sont intellectuellement fatigantes avant même d’être trompeuses dans les faits.
Qu’est-ce qu’une gauche sociale-démocrate croyante?
Nafzaoui présente la “gauche sociale” comme si elle était venue renverser la foi elle-même. Il oublie que la gauche à laquelle des gens comme moi se réfèrent est d’abord un courant social et humain, enraciné dans les valeurs de justice, d’égalité et de dignité, et qu’il rencontre les valeurs islamiques sur plusieurs terrains, notamment dans la lutte contre l’exploitation, les monopoles et l’autoritarisme.
L’erreur de fond consiste à confondre une gauche philosophique, matérialiste et athée, avec une gauche sociale préoccupée par la justice économique et les politiques publiques en faveur des plus faibles. Ce sont deux courants profondément différents.
Le point de rencontre avec certaines valeurs islamiques
L’économie islamique, dans son principe, refuse l’exploitation, l’usure et la concentration excessive de la richesse. La pensée politique islamique, dans ses meilleures formulations, appelle à la concertation, à la reddition de comptes et à la protection des vulnérables.
Ces principes ne sont pas en contradiction avec ce que défend la gauche sociale. Ils la rejoignent au contraire sur des questions essentielles: garantir l’accès à l’éducation, à la santé et au logement, combattre la corruption, protéger les salariés et promouvoir une répartition plus juste de la richesse.
Ce que cette gauche ne signifie pas
La gauche sociale-démocrate que je défends n’adopte pas le marxisme philosophique, ne nie pas les valeurs religieuses et ne cherche pas à imposer une sécularisation autoritaire. Elle pose des questions concrètes: qui possède, qui gouverne, qui bénéficie, et comment redistribuer la richesse de manière plus équitable?
Conclusion
Une discussion intellectuelle sérieuse suppose de lire les positions telles qu’elles sont formulées, et non telles qu’on voudrait qu’elles soient. La diabolisation préalable de tout ce qui échappe au cadre idéologique fixe ne produit pas de débat. Elle produit une polarisation qui, en fin de compte, sert d’abord l’autoritarisme.