Aujourd’hui, j’ai reçu un message du prêtre Guy Saint-Michel, un homme de foi remarquable, au sujet duquel j’avais déjà écrit il y a des années. Je crois qu’il a maintenant dépassé les quatre-vingts ans. Je l’ai connu il y a vingt-six ans, lorsqu’il était responsable des affaires religieuses des étudiants de l’Université Laval. C’est lui qui nous procurait, à nous étudiants musulmans, des lieux de prière. Je me souviens encore de son souci de venir parfois assister au sermon du vendredi et à la prière avec nous. Je l’ai même vu assis à mes côtés au premier rang, en larmes, après avoir entendu certains versets.
Voici le texte de sa lettre:
Bien cher Mohamed,
je vous remercie du fond du coeur pour le message que vous avez envoyé à l’occasion du décès du Pape François. J’ai été fortement impressionné par le soin que vous avez pris pour rappeler le parcours de François durant son pontificat. C’est le document le plus exaustif et le plus factuel qu’il m’a été donné de lire. Je demeure reconnaissant à ce pasteur d’avoir su vivre intensément sa vocation chrétienne et de s’être laissé guider par Dieu “pour servir dans la justice et la sainteté en présence de Dieu” comme il est écrit dans l’évangile de Luc.
Je suis aussi plein de reconnaissance et d’émerveillement parce que vous, mon frère musulman, avez proposé un tel regard sur François; voilà un exemple concret et signifiant de ce que permet la rencontre et le dialogue entre musulmans et chrétiens.
Soyez-en béni et honoré par vos proches et par le Seigneur Dieu tout miséricordieux.
Votre frère en humanité et en espérance,
Guy
Ce que signifie cet échange
La lettre du père Guy incarne quelque chose de rare dans un monde dominé par la polarisation: la reconnaissance sincère qu’une personne d’une autre foi peut discerner chez un dirigeant religieux des vertus essentielles avec parfois plus de clarté que certains membres de sa propre tradition.
Le dialogue islamo-chrétien au Québec, auquel j’ai participé pendant des années, n’est pas une simple suite de rencontres de courtoisie. Il s’agit de relations construites sur la probité intellectuelle et le respect humain réciproque. C’est précisément ce type de lettre qui en constitue le fruit véritable.
Conclusion
Ce qui frappe le plus dans le message du père Guy n’est pas l’éloge, mais le fait qu’il me nomme “mon frère musulman”. Cette formule reconnaît l’autre dans l’intégralité de son identité, et non malgré elle.