Imaginez que vous ayez commis une faute envers quelqu’un de votre entourage, un pere, une mere, un conjoint, un ami ou un collegue, et que vous vouliez lui demander pardon.

Vous vous tenez devant lui et vous repetez: pardonne-moi, pardonne-moi, pardonne-moi, des dizaines de fois, dans une repetition mecanique qui ne vient pas du coeur.

Quelle serait sa reaction? Accueillerait-il volontiers vos excuses? Ou serait-il saisi d’agacement face a cette insistance vide de gout et d’ame? Y verrait-il un pardon sincere, ou une forme involontaire de provocation?

C’est souvent ainsi que nous nous tenons devant Dieu

Cet exemple simple reflete l’etat de beaucoup de musulmans dans leur rapport au dhikr, a l’invocation et a la priere: une repetition mecanique, sans presence du coeur, sans conscience de Celui devant qui l’on se tient.

Dans le dhikr, la langue bouge et le coeur dort. Dans l’invocation, les mains se levent et l’ame s’absente. Dans la priere, les rak’at sont accomplies avec l’obsession d’en finir, non avec le souci de ce qu’elles signifient. Et pendant le Ramadan, le Coran est parfois acheve en quelques jours a une vitesse qui ne laisse pas au mot le temps d’atteindre le coeur.

La repetition n’a pas de valeur sans presence. Se tenir dans la presence de Dieu exige la presence du coeur.

Que signifie la presence du coeur?

La presence du coeur ne veut pas dire la perfection, ni l’absence complete de pensees fugitives, ce qui depasse la capacite de la plupart des gens. Elle signifie etre conscient de Celui a qui l’on parle, du sens de ce que l’on dit et de son besoin reel de Lui.

Quand vous dites “Dieu est le plus grand” au debut de la priere, sentez-vous ce que signifie cette parole? Qu’Il est plus grand que tout ce qui vous preoccupe et tout ce qui vous angoisse? Meme un tres court instant de cette conscience change la nature de la priere.

Quand vous dites “Seigneur” dans l’invocation, sentez-vous que vous vous adressez a Celui qui vous entend reellement, plus proche de vous que votre veine jugulaire? Ou bien les mots sortent-ils de la bouche pour s’arreter au plafond?

Le Coran nous rappelle que les hommes n’ont pas estime Dieu a Sa juste mesure. Si nous L’estimions vraiment comme Il doit l’etre, nous ne viendrions pas devant Lui avec des coeurs distraits et des langues occupées.

Comment commencer?

Il n’est pas demande d’atteindre d’emblee le niveau des grands connaissants de Dieu. Le commencement est beaucoup plus simple.

Avant chaque priere, arretez-vous un instant avant le takbir. Respirez. Dites-vous: je vais me tenir devant Dieu.

Dans l’invocation, ne commencez pas tout de suite par la demande. Commencez par faire venir a l’esprit Celui que vous invoquez: qui est-Il? quelles sont Ses qualites? pourquoi merite-t-Il qu’on L’appelle?

Dans le dhikr, dix glorifications avec presence du coeur valent mieux que cent sans elle. La qualite avant la quantite.

L’adab avec Dieu ne reside pas dans l’abondance des paroles, mais dans la verite de la presence. Nous ne donnons pas a Dieu Sa juste mesure lorsque nous amenons nos corps devant Lui en laissant nos coeurs absents.