Regulierement, la journee se remplit jusqu’au bout de travail, de projets, d’ambitions, de rencontres familiales et de conversations amicales. Et pourtant surgissent soudain de petits moments silencieux d’ennui.
Ce sont de tres courtes failles, mais elles attirent l’attention. Elles semblent poser une question cachee: pourquoi ai-je le sentiment de la monotonie alors meme que je me trouve au milieu de ce que j’aime?
Cinq manieres de comprendre l’ennui au milieu de l’activite
1. Etre occupe ne signifie pas etre nourri. On peut remplir sa journee de taches sans que le cerveau se sente vraiment rassasie, surtout si ces taches suivent le meme rythme ou n’apportent pas de sens immediat. Un petit vide apparait alors comme un choc interieur: et maintenant?
2. La routine du systeme nerveux. Le cerveau aime l’anticipation parce qu’elle lui permet d’economiser de l’energie. Lorsqu’un schema de journee se repete, meme s’il est positif, le plaisir diminue progressivement parce que la nouveaute s’efface. Ce n’est pas un signe de negativite morale, mais un mecanisme biologique ordinaire.
3. Une fatigue accumulee sans nom. Parfois, l’ennui n’est pas un rejet de l’activite elle-meme. C’est une fatigue accumulee qui n’a pas ete reconnue. Le corps et l’esprit reclament une autre qualite de repos, non pas simplement l’arret, mais un autre type de presence.
4. L’absence de moments d’assimilation. Nous vivons souvent dans une culture du passage immediat: on termine une tache et l’on court vers la suivante. L’ennui peut alors signaler un besoin d’assimiler ce que l’on vient de vivre, non pas de foncer tout de suite vers l’etape d’apres.
5. L’ecart entre l’attente et l’experience. Il arrive que nous ayons construit sur le papier une journee ideale, pour decouvrir ensuite que l’experience vecue est moins lumineuse que l’image esperee. Ce decalage produit un sentiment de vide, non parce que la journee serait mauvaise, mais parce que l’esperance etait plus haute.
Ce que cela signifie en pratique
L’ennui au coeur de l’occupation n’est pas necessairement le signe d’un probleme. Il peut etre une invitation a l’examen: ce que je fais nourrit-il reellement ce qui compte pour moi, ou bien suis-je simplement en train de remplir le temps pour eviter une question plus profonde?
La difference entre etre occupe et etre vivant est plus grande que nous ne l’admettons souvent.
Les moments silencieux qui surgissent au milieu d’une activite apparemment florissante ne sont pas une defaillance de la journee. Ils sont une petite fenetre ouverte sur cette question: qu’est-ce qui merite vraiment tout cet effort?