“Que doit-on faire pour que Dieu nous preserve du mal des hommes?”

Tel etait le titre d’une video d’une minute publiee par le predicateur Mustafa Hosny et qui a recueilli des dizaines de milliers de mentions d’appreciation en une seule journee. Ce chiffre suffit deja a nous obliger a reflechir a ce que revele la diffusion massive d’un tel discours.

La recette magique et son probleme

Le discours religieux simpliste repose sur une hypothese implicite: la religion fournirait une recette prete a l’emploi capable de resoudre les difficultes de la vie par une application immediate. Ecoute ce dhikr, recite cette invocation, applique ces trois etapes, et tu seras protege du mal d’autrui.

Autrement dit, le probleme serait simple, la solution serait simple, et l’etre humain n’aurait besoin que d’une petite cle spirituelle.

Le mal humain n’est pas simple

Or le mal reel, celui qui blesse, humilie ou opprime, est une question autrement plus complexe. S’en proteger comporte certes une dimension spirituelle veritable: confiance en Dieu, invocations, rappel et recherche de refuge. Mais une large part de cette protection demeure aussi rationnelle, morale et pratique:

  • choisir ses relations avec discernement;
  • poser des limites claires face a ceux qui nuisent;
  • eviter les contextes de fitna et de conflit inutile;
  • se remettre soi-meme en question et corriger ce qui peut l’etre;
  • affronter l’injustice par des voies legitimes au lieu d’attendre une solution miraculeuse.

Le danger a long terme

Les grandes questions vendues sous la forme du “dis simplement ceci et tout ira bien” agissent comme des sedatifs. Elles soulagent sur le moment, mais elles affaiblissent sur la duree, parce qu’elles habituent les gens a fuir la responsabilite au lieu de construire leur lucidite et leur puissance d’agir.

Le malade qui prend un calmant a la place d’un vrai traitement ressent un apaisement temporaire. De meme, l’homme chez qui la reflexion est remplacee par une courte formule repetitive peut ressentir une paix passagere. Mais le probleme, lui, demeure et s’accumule.

La religion comme capacitation de l’etre humain

Le discours religieux authentique n’anesthesie pas. Il rend capable. Il donne des outils de pensee, non des formules pieuses destinees a prendre la place de la pensee. Il fortifie la volonte au lieu de la remplacer par une simple demande de protection contre les consequences de ses propres choix.

Les dizaines de milliers d’approbations recues par ce type de contenu nous apprennent une chose reelle: c’est ce que beaucoup veulent entendre. Mais ce que les gens veulent entendre et ce dont ils ont besoin sont deux choses differentes. Et la difference entre les deux releve d’abord de la responsabilite du predicateur.