Une courte experience au bloc operatoire peut parfois ouvrir une porte de meditation plus large qu’un long discours. Sous anesthesie, le passage de la conscience a l’absence, puis le retour presque soudain, evoque fortement le rapport entre le sommeil et la mort.
Au moment de l’intervention, l’auteur entend encore des voix, croit que l’operation n’a pas commence, puis decouvre qu’elle est deja terminee. Cette sensation d’etre passe d’un monde a un autre sans en saisir le moment exact rappelle le basculement du visible vers l’invisible.
Le souvenir renvoie alors a l’invocation prophetique prononcee au reveil: louange a Dieu qui nous a rendus a la vie apres nous avoir fait mourir, et vers Lui sera le retour.
Le sommeil est ainsi compris comme une mort mineure, repetee chaque jour. Peut-etre est-ce une misericorde divine: l’etre humain ne vit pas d’un seul trait jusqu’a sa mort finale, mais traverse d’innombrables petites fins et petits recommencements qui lui offrent a chaque fois une nouvelle page.
Chaque nuit ferme un chapitre; chaque reveil ouvre la possibilite d’une vie plus lucide, plus mature et plus intentionnelle que celle de la veille.
La meditation se termine sur une priere simple: que la grande mort soit paisible, sans epreuve inutile, et qu’elle s’ouvre sur une bonne fin.