Deux versets qui devraient suffire

Vers la fin de la sourate al-Hujurat, deux versets suffiraient presque a eux seuls si le musulman les meditait vraiment et les mettait en pratique: ne pas se moquer des autres, ne pas les blesser, ne pas leur attribuer des sobriquets, eviter les soupcons, ne pas espionner et ne pas medire.

Le Prophete a resume cet horizon en quelques mots, dans le hadith rapporte par at-Tirmidhi et Abu Dawud d’apres Uqba ibn Amir. Interroge sur le salut, il repondit: “Retiens ta langue, que ta maison te suffise, et pleure sur ta faute.”

Occupes par les autres, absents a nous-memes

Ces deux versets sont presque desertes dans la vie de beaucoup d’entre nous. On dirait que certains s’imaginent etablis comme gardiens permanents des autres, sans aucune responsabilite serieuse a l’egard d’eux-memes.

Ils observent les gens avec une loupe, pretendent penetrer leurs intentions, puis reviennent avec des jugements assures. Ils parlent, classent, interpretent, condamnent. Mais leur propre ame, leurs propres manquements, leur rapport a Dieu et leurs failles morales restent hors champ.

Pourquoi “beaucoup de soupcons”?

Le verset dit: “Evitez beaucoup de soupcons”, puis ajoute: “Car une partie des soupcons est peche.” Pourquoi interdire beaucoup, si seule une partie est coupable?

Parce que nous ignorons ou se trouve exactement cette partie fautive. Le Coran nous demande donc une marge de precaution: s’eloigner largement du terrain du soupcon afin de ne pas tomber dans l’injustice envers quelqu’un qui ne la merite pas.

La medisance comme habitude religieuse

Il n’est pas exagere de dire que, chez beaucoup de gens se reclamant de l’islam, la medisance est devenue une habitude collective. Ils se rassemblent pour parler des autres comme si le discours coranique ne s’adressait pas a eux.

Ils ont oublie la parole: “Occupez-vous de vous-memes; celui qui s’egare ne vous nuira pas si vous etes guides.” Au lieu de se surveiller eux-memes, ils poursuivent les fautes des autres pour les etiqueter: egare, hypocrite, impie, perdu.

La logique du voile divin

Pourtant, Dieu traite Ses serviteurs autrement. Quand Il voit un bien chez l’un d’eux, Il le fait paraitre et l’agrandit. Lorsqu’un serviteur tombe dans une faute, Il la couvre. Dieu aime le voilement.

Dans le hadith authentique, au Jour dernier, Dieu rappellera a Son serviteur certaines fautes commises en secret puis lui dira qu’Il les avait voilees ici-bas et qu’Il les lui pardonne aujourd’hui.

Pourquoi donc suivons-nous entre nous une logique inverse? Pourquoi cherchons-nous a exposer ce que Dieu a couvert? Depuis quand sommes-nous devenus juges des profondeurs des cœurs?

Entre chacun et Dieu, il y a un fil

Il n’est pas de musulman sans qu’il existe entre lui et Dieu un fil de bien que les gens voient ou ne voient pas. On peut rencontrer quelqu’un qui parait egare, mais qui porte en lui une qualite que Dieu aime.

Et nous ne savons pas si celui que nous regardons de haut ne se repentira pas demain pour devenir meilleur que nous. Pas plus que nous ne savons si nous ne serons pas nous-memes detournes apres avoir cru etre assures.

La sagesse de cette loi divine est de nous apprendre l’adab envers les serviteurs de Dieu: etre severes envers nos propres defauts tout en restant bienveillants dans notre jugement sur autrui.

Revenir au conseil

“Retiens ta langue, que ta maison te suffise, et pleure sur ta faute.” Ne pleure pas sur la faute des autres avec des larmes faciles. Si tu etais vraiment preoccupe par la sacralite des limites de Dieu, tu commencerais par ta propre faute.

Celui qui revient sincerement a lui-meme finit par voir combien son ame a besoin de reforme. C’est alors seulement qu’il apprend a mieux penser de ses freres et a consacrer son energie a sa propre rectification.