Du bien et du mal: de Jung à Al-Aqqad jusqu’au hadith prophétique

Dans un récit authentifié par Al-Wadi’i dans As-Sahih Al-Musnad, l’oncle d’Al-Farazdaq, Sa’sa’a ibn Mu’awiya, arriva à Médine alors qu’il était encore polythéiste et cherchait à comprendre l’islam. Il entendit le Prophète lire ce verset: “Quiconque fait le poids d’un atome de bien le verra, et quiconque fait le poids d’un atome de mal le verra.”

Il dit alors: “Il me suffit de n’entendre rien d’autre que cela. Cela me suffit.” Puis il embrassa l’islam.

Dans un hadith authentique, Hudhayfa ibn Al-Yamân rapporte: “Les gens interrogeaient le Messager de Dieu au sujet du bien, tandis que moi je l’interrogeais au sujet du mal, de peur qu’il ne m’atteigne.”

Une autre version lui fait dire: “Mes compagnons ont appris le bien, et moi j’ai appris le mal.”

On rapporte aussi d’Umar ibn Al-Khattab cette formule: “Ne connaît pas l’islam celui qui ne connaît pas la jâhiliyya”, ou encore: “Celui qui ne connaît pas la jâhiliyya ne connaît pas l’islam.”

Dans un autre hadith authentique, Abû Hurayra rapporte: “Il suffit à un homme, comme mal, de mépriser son frère musulman. Tout du musulman est sacré pour le musulman: son sang, ses biens et son honneur. Dieu ne regarde ni vos corps ni vos apparences, mais Il regarde vos coeurs.”

À mes yeux, la réflexion sur le bien et le mal fait partie des sujets qui exigent le plus d’étude et de méditation, car l’épreuve de la vie terrestre tourne largement autour de cette distinction.

Que désigne-t-on par bien et mal?

Les définitions sont nombreuses.

  • Pour certains, le bien est l’absence de mal.
  • Pour d’autres, le bien consiste à s’éloigner du mal.
  • D’autres encore disent que le bien est l’incapacité de faire le mal.
  • Enfin, certains le définissent comme le fait d’aller contre le mal.

Ces quatre approches ont un point commun: elles font du bien une simple abstention.

Elles saisissent une part de la réalité, mais elles restent insuffisantes pour définir pleinement ce qu’est le bien.

Une définition plus précise a pourtant été formulée par plusieurs auteurs, notamment Abbas Mahmoud Al-Aqqad dans son livre Iblis. Il écrit, en substance, que le bien est la capacité d’accomplir ce qui est juste tout en ayant aussi la capacité d’accomplir ce qui est vil; c’est l’acte du beau malgré la possibilité du laid; c’est la volonté du bien malgré la possibilité du mal.

Autrement dit, la question engage l’acte juste, la capacité de l’accomplir et la volonté de le choisir.

En méditant cette définition d’Al-Aqqad, j’ai cherché son équivalent dans le Coran et la Sunna. Je l’ai trouvé dans un hadith authentique rapporté par Muslim et repris aussi dans les Quarante Nawawi: le Prophète a dit: “Celui qui projette une bonne action sans l’accomplir en reçoit une bonne action. S’il la réalise, elle lui est inscrite de dix à sept cents fois. Celui qui projette une mauvaise action sans la faire, elle ne lui est pas inscrite. Et s’il la commet, elle lui est inscrite.”

C’est là, me semble-t-il, une véritable définition du bien dans la conduite humaine: vouloir le bien tout en étant capable du mal, et accomplir le bien tout en restant capable du mal.

Quant au mal, l’une des meilleures définitions que j’aie rencontrées est celle du psychologue américain Scott Peck: le mal consiste à utiliser le pouvoir, l’influence ou la force pour détruire la croissance spirituelle d’autrui, afin de défendre ou préserver son image et son statut dans une logique d’égoïsme malade.

C’est aussi ce qui permet de mieux comprendre le hadith prophétique: “Que celui d’entre vous qui voit un mal le change par sa main; s’il ne le peut pas, alors par sa langue; et s’il ne le peut pas, alors par son coeur, et c’est là le degré le plus faible de la foi.”

Autrement dit, si l’on ne peut pas combattre le mal, le minimum reste encore de ne pas y participer, fût-ce en lui opposant un refus intérieur et silencieux.

On retrouve la même logique dans cet autre hadith: “Ne soyez pas des suiveurs passifs, disant: si les gens font le bien, nous ferons le bien, et s’ils commettent l’injustice, nous serons injustes. Habituez plutôt vos âmes à faire le bien quand les gens font le bien, et à ne pas être injustes lorsqu’ils font le mal.”