Dans les premiers versets de la sourate Al-Fath se trouvent des passages parmi les plus profonds du Coran. Ils demandent une méditation lente :

« Nous t’avons accordé une victoire éclatante… »

« C’est Lui qui a fait descendre la sakina dans le cœur des croyants, afin qu’ils croissent en foi avec leur foi. »
Ici, le mot sakina désigne une paix intérieure, une tranquillité profonde et stable que Dieu dépose dans le cœur.

Hudaybiyya : une ouverture qui ressemblait, en apparence, à un recul

Qu’est-ce que les Compagnons du Prophète appelaient ici une “victoire” ou un “ouverture” ?

Le Compagnon Jâbir ibn ‘Abd Allâh disait, en substance, qu’ils ne considéraient pas la conquête de La Mecque comme le véritable tournant décisif, mais bien la journée de Hudaybiyya. Autrement dit, c’est à ce moment-là qu’ils ont compris que l’ouverture de La Mecque devenait désormais certaine.

Al-Barâ’ ibn ‘Âzib disait lui aussi que, si beaucoup identifiaient la victoire à l’entrée dans La Mecque, eux considéraient que le véritable fath résidait déjà dans l’allégeance de Ridwân et dans ce qui s’était joué à Hudaybiyya.

Pour un lecteur francophone peu familier de cette histoire, il faut rappeler que Hudaybiyya fut un traité conclu entre le Prophète et les Quraysh de La Mecque. À première vue, plusieurs clauses semblaient défavorables aux musulmans. Beaucoup y voyaient donc une concession, presque un recul. Or le Coran a nommé ce moment fath mubîn, “ouverture manifeste” ou “victoire évidente”.

Une leçon politique et spirituelle

Voilà ce qui renverse les catégories habituelles.

Le moment de l’apaisement, de la réconciliation avec le réel, de la retenue stratégique, même lorsqu’il prend l’apparence d’une faiblesse, peut être la véritable victoire. La conquête militaire de La Mecque fut l’aboutissement visible. Mais la semence, elle, avait été plantée à Hudaybiyya.

Cette lecture bouleverse notre compréhension ordinaire du triomphe. La victoire n’est pas toujours dans l’écrasement immédiat de l’adversaire. Elle peut résider dans la paix intérieure, dans la clarté du jugement, dans une réconciliation nationale qui prépare ce qui viendra ensuite.

Conclusion

La sourate Al-Fath enseigne que la victoire réelle ne ressemble pas toujours, extérieurement, à ce que nous appelons victoire. Hudaybiyya avait l’apparence d’une concession ; elle fut pourtant la graine qui porta fruit deux ans plus tard avec l’ouverture de La Mecque. Et la sakina descendue ce jour-là dans le cœur des croyants fut la clé de tout ce qui allait suivre.