Je n’appartiens pas a son ecole traditionnelle, et sa maniere de construire la connaissance ne m’attire pas particulierement. Pourtant, cela ne m’empeche pas de reconnaitre une chose claire: c’est un homme qu’il est difficile de ne pas aimer.

Dans sa presence, il y a quelque chose qui precede les divergences: une simplicite sans affectation, une gravite sans arrogance, un esprit large qui saisit les details sans s’en servir pour blesser. On peut diverger avec lui sur la methode, sur l’ordre des priorites, voire sur la forme meme de la religiosite, et sortir malgre tout avec une impression humaine chaleureuse: il y a chez cet homme du bien, de la douceur et de la serenite.

Divergence et respect: une distinction necessaire

Notre culture religieuse et intellectuelle confond souvent trois choses distinctes: suivre, admirer et respecter. Beaucoup s’imaginent qu’admirer quelqu’un oblige a le suivre, et que diverger de lui oblige a lui retirer son respect.

Ould Dedew corrige cette confusion par sa seule presence. On peut ne pas suivre son ecole et apprecier son style. On peut diverger de sa methode et continuer a respecter en lui une ethique, une paix interieure et une noblesse evidente.

Ce qui demeure apres le desaccord

Nous n’avons pas toujours besoin de nous ressembler pour nous respecter. Nous n’avons pas besoin non plus de suivre une meme ecole pour reconnaitre ensemble la beaute d’un caractere et d’une intelligence. Le savant qui porte son savoir avec cette legerete, sans pesanteur d’ego ni obsession de convaincre, rappelle que le vrai savoir produit le plus souvent de l’humilite plutot que de la vanite, et de l’ouverture plutot que de la fermeture.

C’est cela que je vois chez Ould Dedew, et c’est cela qu’il faut savoir reconnaitre meme au coeur du desaccord.

Ce qu’il faudrait apprendre

Dans un univers religieux ou les courants savent si souvent partager l’accusation, l’excommunication et le rejet, son exemple offre quelque chose de rare: un desaccord accompagne d’un respect veritable, et non d’une politesse superficielle qui dissimule le mepris.

Un desacord profond n’empeche pas de reconnaitre le bien la ou il existe. Cette honnetete-la est l’une des bases de tout dialogue reel.