J’écoutais surtout mon ami, spécialiste du domaine, et je me contentais de formuler deux interrogations que je tiens pour existentielles: jusqu’où peut-on appliquer à l’univers immense des lois physiques déduites de notre environnement limité? Et comment concilier la vision coranique, qui confère à la Terre et à l’homme une certaine centralité, avec ce que les télescopes nous révèlent de notre extrême fragilité cosmique?
Première question: jusqu’où s’étend la validité des lois physiques?
En astronomie et en cosmologie, les chercheurs appliquent généralement des lois établies à partir d’expériences et d’équations élaborées dans un cadre très restreint, celui de la Terre ou du système solaire, à des échelles qui dépassent de très loin l’expérience humaine: des milliards d’années-lumière et des milliards de galaxies.
Mais n’y a-t-il pas là une part d’hypothèse métaphysique, plus qu’une simple conclusion expérimentale? Comment tenir pour acquise la validité de la relativité ou de la mécanique quantique dans des lieux et des temps qui n’ont jamais été, et ne seront sans doute jamais, directement soumis à l’expérience?
L’immensité de l’univers, la profondeur de son histoire et la complexité de sa formation rendent toute vérification exhaustive quasiment impossible. Pourtant, cette quête obstinée de lois stables qui gouverneraient le cosmos suggère quelque chose de profond: derrière le chaos apparent, il y aurait un ordre intelligible.
À mes yeux, cela constitue déjà un indice rationnel d’une sagesse créatrice. Le pur hasard ne produit pas spontanément un ordre lisible, encore moins un ordre mathématisable. Plus l’univers est vaste, plus les possibilités de dispersion et de désordre semblent grandes, et pourtant les chercheurs parient sur l’inverse: ils supposent qu’un même système d’intelligibilité peut rendre compte de cette immensité.
Ce pari lui-même ne révèle-t-il pas une intuition implicite d’harmonie, de cohérence et de finalité? Et chaque loi observée, si lointaine soit la galaxie ou l’époque concernée, ne porte-t-elle pas la trace d’un univers voulu pour être compris?
Deuxième question: la centralité de la Terre dans la vision religieuse
La vision coranique du monde pose, de son côté, un véritable défi aux découvertes contemporaines. Le Coran évoque à plusieurs reprises les “sept cieux”, mais nous ne disposons toujours pas d’une compréhension claire de ce que signifie ici le mot “ciel”.
- S’agit-il de l’atmosphère?
- Du champ du système solaire?
- Chaque planète a-t-elle son “ciel”?
- Ou bien parle-t-on d’un niveau d’existence qui excède notre astrophysique?
- Le nombre sept est-il strictement numérique ou symbolique?
L’autre difficulté touche à la centralité de la Terre et de l’homme. Le Coran présente la Terre comme un lieu préparé pour l’être humain, et l’homme comme un être honoré, chargé d’une fonction particulière dans l’existence.
Or nous savons aujourd’hui que notre galaxie n’est qu’une parmi des centaines de milliards, que la Terre n’est qu’un point minuscule dans le système solaire, et que celui-ci n’est lui-même qu’une poussière à la périphérie de la Voie lactée. Si la Terre est si infime, pourquoi l’existence tout entière est-elle parfois décrite comme mise à son service?
D’un point de vue strictement matérialiste, cela pourrait ressembler à une démesure de conception. Mais il est aussi possible que cette immensité ait une autre finalité: non pas magnifier la centralité de la créature, mais manifester la grandeur du Créateur.
Ce que la physique ne peut pas trancher
Les plus grandes questions, celles du sens et de la finalité, s’arrêtent là où s’arrête la physique. La physique décrit le “comment”; elle ne répond pas au “pourquoi”. La religion n’entre pas en concurrence avec elle sur le terrain du mécanisme; elle travaille l’horizon de sens que la science laisse ouvert.
Le savant croyant ne vit pas forcément une contradiction. La physique accroît son admiration devant la précision du monde, et la foi lui donne un cadre pour penser ce que cette précision signifie.
Conclusion
Lorsqu’il est conduit avec honnêteté intellectuelle, le dialogue entre science et religion mène à une conclusion simple: chacune répond à des questions que l’autre ne traite pas, et l’image d’ensemble demeure incomplète si l’on exclut l’une ou l’autre.