Tant que les Tunisiens, croyants ou non, n’auront pas clarifié leur position sur les questions fondamentales, et tant qu’ils continueront à s’épuiser en querelles interminables sur les évidences minimales du vivre-ensemble, de la dignité humaine, des droits, des libertés et de l’égalité de citoyenneté, ils resteront entravés dans leur marche vers un avenir meilleur.

De quelles contradictions parle-t-on?

Les contradictions que j’évoque ici ne sont pas de simples divergences intellectuelles. Ce sont des contradictions dans les présupposés de base: ceux qui déterminent la manière dont on traite le citoyen, les droits qu’on lui reconnaît, et l’instance à laquelle on confie le pouvoir de décider ce qui est admissible ou non dans l’espace commun.

Parmi ces questions: la citoyenneté est-elle un droit absolu, ou reste-t-elle conditionnée par l’appartenance religieuse? La liberté d’expression est-elle un droit, ou seulement un privilège accordé à ceux qui pensent comme la majorité? La femme est-elle une participante pleinement légitime à la vie publique, ou lui assigne-t-on d’avance un rôle limité?

Pourquoi cette contradiction est-elle dangereuse?

Une société traversée par des contradictions profondes dans ses principes ne peut pas bâtir des institutions stables. Chaque camp cherche alors à instrumentaliser l’institution au profit de sa propre vision. Or une institution sommée de servir deux logiques incompatibles finit en réalité par n’en servir aucune.

Comment sortir de cette impasse?

On ne pourra pas avancer vers un avenir plus sain tant que les esprits ne se seront pas libérés de ces croyances contradictoires qui s’y logent. Il ne s’agit pas d’imposer l’uniformité des opinions. La pluralité est une richesse. Il s’agit de s’accorder sur quelques règles fondamentales pour administrer le désaccord: l’égalité de citoyenneté, l’État de droit et le respect des droits humains, indépendamment des identités particulières.

Conclusion

La Tunisie possède les ressources, les compétences et l’histoire nécessaires pour se relever. Ce qui lui manque n’est pas d’abord matériel. C’est un accord minimal sur les règles du vivre-ensemble, seul capable de libérer l’énergie collective aujourd’hui gaspillée dans des affrontements sans fin.