Pourquoi le Prophète a-t-il relié cette recommandation à la foi en Dieu et au Jour dernier ?
Quelle est la valeur de ce conseil prophétique à une époque où les plateformes débordent d’analyses, d’opinions et d’informations, dont une grande partie est publiée sans savoir ni vérification ?
Mesurons-nous réellement la puissance d’une parole ? Sa capacité à construire une société ou à la détruire ? Une phrase légère peut-elle vraiment allumer une discorde ou au contraire l’éteindre ?
La prophétie elle-même repose sur la parole : le message, la transmission, l’explication claire, le dialogue avec les humains. Dans cette perspective, la parole n’est ni un divertissement ni un simple “avis personnel”. C’est une responsabilité majeure.
- Devant Dieu : parce que chaque mot sera compté.
- Devant l’histoire : parce que l’effet d’une parole peut traverser les générations.
- Devant la conscience humaine : ai-je parlé avec vérité et justesse ?
Dans la vision coranique, on peut parfois échapper à la sanction ici-bas après avoir diffusé une rumeur ou une lecture erronée, mais dans l’au-delà, le compte est précis : rien de ce qui a été dit n’est perdu.
Ce que ce hadith signifie aujourd’hui
Chaque mot que vous écrivez ou prononcez se range soit :
- dans la balance de vos bonnes actions, lorsqu’il s’agit d’une science utile, d’un conseil sincère ou d’une parole vraie qui répare ;
- soit dans la balance de vos mauvaises actions, lorsqu’il s’agit de faux, de rumeur, d’incitation, de diffamation ou même de paroles futiles qui gaspillent votre temps et celui des autres.
Quelques désastres produits par la parole sans science
Les rumeurs
Combien de conflits ont commencé par une rumeur apparemment simple avant de devenir des affrontements entre groupes, familles ou peuples ? Une parole peut faire tomber un État ou coûter des vies.
Les analyses superficielles
Aujourd’hui, tout le monde se proclame analyste stratégique. Mais l’analyse sans science égare les esprits au lieu de les éclairer. Bien des décisions graves ont été prises sur des impressions émotionnelles ou des lectures superficielles.
L’incitation et la déformation
On croit parfois défendre la vérité, alors qu’on porte atteinte à la dignité des gens ou qu’on accuse des groupes entiers sans preuve solide. Le résultat est presque toujours le même : davantage de discorde.
Le gaspillage de l’énergie collective
Lorsque les sociétés s’épuisent dans le bavardage, la polémique vide et l’obsession des réactions immédiates, elles perdent l’énergie qui aurait pu être investie dans l’action, la construction et la réforme.
Le plus frappant est que des personnes religieuses tombent elles aussi très souvent dans ce piège :
- elles parlent politique sans profondeur d’analyse ;
- elles distribuent les accusations comme si elles détenaient les clés du salut ;
- elles relaient des extraits douteux puis se contentent d’un : “désolé si ce n’était pas exact”.
Tout cela contredit directement l’enseignement prophétique.
”Qu’il dise du bien ou qu’il se taise” : un hadith contre la logique des plateformes
Pourquoi le Prophète relie-t-il cette recommandation à la foi en Dieu et au Jour dernier ?
Le sens profond de ce lien
Croire en Dieu signifie que la parole est un dépôt confié à l’être humain et qu’il devra en répondre. Croire au Jour dernier signifie que chaque parole sera pesée.
Quand le croyant garde ces deux vérités à l’esprit avant de parler, la question change. Il ne se demande plus : “Cette parole plaira-t-elle au public ?”, mais : “Cette parole plaira-t-elle à Dieu ?”
À l’époque du bruit
Les plateformes numériques récompensent la quantité, non la qualité. Celui qui publie dix fois par jour gagne plus de visibilité que celui qui publie rarement mais avec profondeur. Cette mécanique pousse à parler même lorsqu’il n’y a rien à dire.
Le hadith prophétique oppose à cette logique une équation simple : du bien, ou le silence. Et le silence n’est pas une défaite ; il est parfois la forme la plus haute de sagesse.
Ce que signifie “le bien” dans la parole
Le bien ne désigne pas seulement ce qui est doux ou inoffensif. Il inclut la vérité, même lorsqu’elle est exigeante ; la connaissance, lorsqu’elle est bénéfique ; et le silence, lorsqu’aucune parole utile ne peut être donnée.
Conclusion
“Qu’il dise du bien ou qu’il se taise” : si cette règle était réellement appliquée dans l’espace numérique, nous aurions moins de bruit, mais infiniment plus de parole utile.