De 2009 à 2024, j’ai publié sur Facebook seul l’équivalent d’une bibliothèque entière : entre cinq et dix publications par jour, parmi lesquelles des articles et des analyses longues.
Cela, dans le temps libre. Sur le plan professionnel, mon travail d’analyste d’affaires repose depuis des décennies sur la réflexion, l’analyse approfondie et la rédaction de rapports complexes. J’ai à mon actif près de cent cinquante documents d’analyse.
Dans les deux cas, mon écriture n’est pas le produit d’un programme ni d’un automatisme. L’un des indicateurs les plus simples de sa qualité reste le degré élevé de satisfaction avec lequel mes rapports sont reçus, validés et utilisés, avec relativement peu de faiblesses de formulation ou de défaillances de pensée.
Et pourtant, je ne fais pas partie de ceux qui redoutent l’intelligence artificielle ou la considèrent comme une menace pour l’écrivain, voire pour l’être humain. J’y vois au contraire un outil puissant pour accompagner la recherche, l’écriture et la fabrication des idées, qu’il s’agisse de travail académique, professionnel ou même d’un simple billet sur les réseaux sociaux.
L’intelligence artificielle ne vous vole ni votre plume ni votre voix. Elle vous donne des outils supplémentaires :
- elle rassemble l’information plus vite que la main humaine ;
- elle suggère des formulations et des pistes auxquelles vous n’auriez pas toujours pensé ;
- elle aide à ordonner et à clarifier une pensée.
La différence décisive ne se situe donc pas entre celui qui utilise l’IA et celui qui ne l’utilise pas. Elle se situe entre le bon auteur et le débutant.
- Le bon auteur s’en sert comme d’un assistant intelligent qui enrichit son texte tout en préservant sa voix propre.
- Le débutant peut s’y abandonner entièrement tant qu’il n’a pas encore construit son métier.
Voilà pourquoi considérer le recours à l’IA comme une “tare” ou comme une accusation morale montre surtout qu’on n’a pas compris le monde qui vient. L’avenir ne repose pas sur l’opposition entre l’esprit humain et l’outil intelligent, mais sur leur alliance. Et celui qui croit faire preuve de scrupule en refusant par principe toute aide de ce type risque simplement de rater le train.
Ce qui se bâtit sur un tel capital
Les livres publiés, les projets numériques, les conférences et les sermons s’appuient tous sur ce stock accumulé. Écrire de manière continue pendant un quart de siècle, ce n’est pas seulement produire beaucoup. C’est construire une cartographie intellectuelle cohérente : des questions qui persistent, des convictions qui sont éprouvées, confirmées, corrigées ou déplacées.
Ce type de construction cumulative est rare dans une culture qui récompense l’exposition rapide et l’effet immédiat.
Conclusion
Vingt-cinq années d’écriture n’ont pas produit plus de certitude ; elles ont produit une clarté plus profonde, une clarté qui porte davantage sur les questions que sur les réponses. Et cela, en soi, est déjà une forme de maturation.
L’écriture comme projet long
Ce que révèlent vingt-cinq années d’écriture régulière, c’est que l’effet réel ne se construit pas par un seul article, si brillant soit-il. Il se construit par accumulation, par évolution intellectuelle, par fidélité à la complexité du réel.
Le lecteur qui suit un auteur pendant des années ne lit pas seulement des textes. Il lit un parcours. Et celui qui ne se transforme jamais ne mérite pas une fidélité durable.