Le livre portait ce titre : La pensée islamique contemporaine et les défis : révolutions, mouvements, écrits. Munir Shafiq y proposait des comparaisons entre plusieurs grandes figures de la pensée islamique moderne : Rached Ghannouchi, Abul A‘la al-Mawdudi, Taqi al-Din al-Nabhani, Hassan al-Banna, Khomeyni, Sayyid Qutb, Baqir al-Sadr, Ali Shariati, Jamal al-Din al-Afghani, Malik Bennabi, et d’autres encore.

Dans cet ouvrage, il exposait les visions de plus de vingt penseurs sur l’État, la charia, le changement, la renaissance, puis les comparait selon une démarche critique et analytique. Il mettait aussi en lumière les différences entre divers courants islamiques — Frères musulmans, Hizb ut-Tahrir, salafismes — et les confrontait aux courants nationalistes ou de gauche.

Depuis cette lecture, j’ai compris l’importance des comparaisons, des convergences comme des divergences, et l’importance décisive du détail lorsqu’on veut former un jugement juste.

N’aurait-il pas été plus utile, par exemple, que les intellectuels tunisiens engagés dans les polémiques sur le chiisme prennent le temps d’instruire leur public, de lui montrer les différences internes à la société iranienne, à la sphère chiite elle-même, et aux écoles du chiisme, comme on devrait aussi montrer la diversité du monde sunnite : salafisme, ash‘arisme, hanafisme, soufisme, et tant d’autres courants ?

Munir Shafiq : un marxiste palestinien revenu à l’islam

Munir Shafiq est une figure intellectuelle rare. Marxiste palestinien formé dans le feu du combat anticolonial, il est revenu à l’islam au terme d’un long cheminement. Ce qui rend son parcours intéressant, c’est que ce retour n’a pas été une fuite hors de la pensée, mais un approfondissement à travers elle.

La valeur de ce livre

Paru en 1991, le livre offrait quelque chose de rare à l’époque : une lecture comparative, méthodique, de la pensée islamique face aux défis modernes, avec des outils empruntés à la pensée sociale contemporaine et pas seulement au langage classique du fiqh.

Pourquoi la méthode comparative compte

La méthode comparative, que ce livre enseigne presque à bas bruit, libère l’esprit de l’enfermement dans une seule vision. Comparer des systèmes intellectuels, c’est voir ce qui distingue chacun, ce qu’il éclaire et ce qu’il laisse dans l’ombre.

Le musulman qui lit Munir Shafiq apprend ainsi à regarder sa propre tradition avec juste assez de distance pour la comprendre plus profondément, non pour la quitter.

Conclusion

Les livres qui ouvrent l’esprit à une méthode valent souvent davantage que ceux qui distribuent des réponses toutes prêtes. Le livre de Munir Shafiq appartient à la première catégorie.

Son parcours rappelle aussi que le retour à l’islam n’est pas forcément un recul devant la pensée. Dans une culture qui oppose parfois sérieux intellectuel et engagement religieux, une telle figure constitue un argument vivant contre cette opposition artificielle.